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Rencontre avec Yul, trompettiste des P.O.Box, groupe nancéen officiant dans le ska punk depuis pas mal d'années maintenant, qui a pas mal roulé sa bosse en Europe et qui vient de sortir son premier véritable album "... And The Lipstick Traces"(octobre 2006)


Salut Yul c'est un plaisir de causer avec toi !
Salut Punkachu !

T'es honoré au moins ?
Très ! Tout d'abord je tiens à te remercier toi et tout le zine PunkFiction pour le soutien que vous nous avez toujours accordé.

Alors ça y'est il est enfin sorti votre bébé ? C'est qu'il se sera fait attendre tu peux revenir un peu sur toutes ces difficultés ?
Disons que ça remonte a très loin, tout d'abord, nous avons bénéficié d'une aide, une bourse appelée DéFI JEUNE. Nous avons porté le projet d'enregistrement d'album et reçu cette subvention en mai 2005. Ensuite, on était parti pour enregistrer en décembre au loko studio, c'était un peu notre ‘rêve’ d'enregistrer dans ce studio.

Votre rêve le Loko ?
Le Loko, ouais, en quelques sorte, un rêve… réaliste… Tout ce qui sort de ce studio a un son de grande qualité, et pour nous, ça sonnait un peu comme tous les groupes qu'on a en base commune (scène hardcore mélo californienne pour faire vite) et puis c'était financièrement faisable... (ce qui n'est pas le cas d'un studio américain par exemple, avec lle prix des billets etc)

Oui il pratiquent des prix corrects pour le son qui en sort c'est vrai.
Guillaume (de Kobayes et donc, boss du loko) nous a fait un boulot de dingue, avec seb (Kobayes aussi, et son assistant). Tout le monde est hyper content du résultat sauf, peut-être damN, notre batteur (qui est moins fan du mix)… d'ailleurs, il ne voulait justement pas un son californien, mais un son un peu plus crade...qu'il a obtenu.

C'est bien de le signaler et bien aussi de causer de ces difficultés je trouve parce que beaucoup de jeunes groupes sortent rapidement un disque de nos jours, les kids ont peut-être l'impression que ça se fait en claquant des doigts...
C'est super difficile de sortir un cd qui tien la route,aujourdh'ui effectivement, tout le monde peu bidouiller sur son ordi, et son logiciel sonar mais quand tu vois le travail fourni par les professionnels (je parle des ingés sons etc tu te rends compte de la difficulté d'enregistré et ça ça passe par la confrontation au réel: le studio.

Ouais et donc on en était en juin ?
Ouais ben sauf que suite au départ de notre guitariste (ak), on a préféré rebosser les compos et écrire de nouveaux morceaux et finalement, on a fini par rentrer au studio en avril /mai 2006, mixage/mastering puis, en juin, on voulait à tous prix avoir le cd pour partir en tournée en Europe en juillet... sauf qu'après un plan moisi d'une boite de pressage, on a décidé de reporter le pressage, après notre tournée...(on est quand même parti en tournée tout juillet), aout, on été en vacances, septembre, zou envoyé ! Problème technique, normal, puis arrivée du truc en octobre ! Mais je crois que c'est le lot de tout les ptits groupes... des retards, des plans foireux…


Parle moi de votre deal avec Craze Records cette petite structure parisienne tenue par Matt 'le glandeur à lunettes', il a sa part de mérite aussi dans l'affaire !
Matt a rendu la sortie du skeud possible. Il nous fallait de la thune pour presser le cd, on avait pas le temps de dealer avec des labels (car a l'origine on voulait sortir notre album pour fin juin, et partir en tournée avec) et on avait plein de dettes (encore aujourd'hui) et là... Matt est arrivé en nous disant qu’il pouvait être assez réactif sur le truc, et nous a avancé la thune... et nous aidé à faire la promo, ce qu'il avait déjà fait avec Sixtoys (hardcore mélo belge), on a dit ok, on était dans l'urgence...
Craze Records est une minuscule structure, mais qui fonctionne avec le coeur, et puis on avait jamais trouvé de gars en France qui veuille bien s'occuper de nous, donc, on a dit benco.

On dit 'banco' trou d'balle... ‘Benco’ c’est le chocolat… Ouais parlons-en de la France ! Comment tu expliques que vous soyez si peut connus en France vu le niveau, vu le nombre de prod que vous avez à votre actif etc ?
Non, justement, on dit ‘benco’, mais je vois que tu n'as pas regardé assez tes classiques (Eric et Ramzy), bref… Pour ce qui concerne la France, c'est assez simple, on a 250 concerts à notre actif, et on a joué dans 25 pays en Europe (jusqu'en Russie)... En tout on doit être à 75 concerts en France. LA grande différence entre l'Allemagne ou la Belgique et la France, c'est que les programmateurs en Belgique écoutent la musique et te disent 'ok' ou 'pas ok' pour jouer, etc. En France, ils te disent 'ouais, vous venez d'où ?... Mmmh ça risque d'être chaud, on va pas rentrer dans nos frais, vous êtes pas distribués, vous chantez pas en français'... enfin, 1000 et une raisons pour ne pas trop se mouiller (on nous a déjà demandé de payer pour jouer en France !!!) donc, on a dit, laissons tomber, jouons où on nous accueille et quand ça leur dira, ils nous contacterons.

La France n'a pas la même culture rock que l’Allemagne par exemple, je prends pour exemple, le fait de jouer en première partie en France, c'est une sorte de suicide : personne t'écoute (ou très peu) y'a pas trop cet esprit découverte, cet esprit LIVE, cet esprit rock en fait... en France.
En allemagne, on a fait des grosses premières parties, et les gens étaient à fond skankant, ils avaient téléchargé les chansons sur le net, ils avaient envie de découvrir des nouveaux groupes, même s'ils ne sont pas ‘connus’… Combien de fois on s'est fait la réflexion, des groupes ricains viennent jouer à la Boule Noire (Paris), se font jeter, et 6 mois après, ils jouent au zénith, une fois le raz de marée de la com’ fait. Alors, que c'est le même groupe, les mêmes chansons…

Je mets quand même un bémol, beaucoup d'assos se bougent le cul en France, beaucoup survivent, et sans eux, la scène indé n'existerait plus. Il faut des petits lieux de 50 à 200 places, pour les petits groupes, des prix d'entrée mini, la confiance des programmateurs, l'audace des promoteurs, etc… Mais ça suffit pas toujours.
C'est entre autres pour cela que nous chantons en anglais, pour pouvoir s'exporter plus facilement, et pour se faire comprendre du plus grand nombre.

C'est clair que P.O.Box est sans doute l'un des groupes français à avoir parcouru le plus de kilomètres en Europe. Comment ça s'est construit tout ça ? Comment on organise une tournée en Lituanie ? Quand on voit le chemin que vous avez fait depuis que le groupe existe on est assez halluciné de voir ce qu'on peut faire même en France, sans moyens mais avec un peu de motivation (et de drogue à revendre aux frontières, nan ?)
En chiffre, ce qui n'est pas tout, mais qui dit beaucoup, on a fait donc 250 concerts en 5 ans d'existence, sortie une démo, un split, un EP et un album, fait 6 tournées européennes (en général on part 2 semaines en avril, et 4 en juillet), fait le ‘support band’ de Big D And The Kids Table, joué au Dour festival ainsi qu'au Wasted festival, bref… On a des gens des agences de booking qui s'occupent de nous, que ce soit pour le Benelux ou pour l'Europe de l'Est, ce qui aide beaucoup. Ces gars-là aiment notre musique, ce sont devenus des amis au fil du temps, et il nous tardent chaque année de les revoir autant que de jouer !

Et puis il y a le net, myspace, etc…ça aide. Nous on est parti du principe qu'on gagnerait jamais notre vie avec la musique, donc on l'a mise en téléchargement libre et la conséquence directe, c'est que le gars qui habite a Satu Mare en Roumanie ou a Novgorod en Russie il peut écouter du P.O.Box gratos, s'il a une connection internet. Et par conséquent, quand on va jouer là-haut, et bien, y'a du monde aux concerts, et ça, c'est le plus bel encouragement qu'on peut avoir !

On est pas les seuls à faire ça, y'a plein de groupes underground qui tournent, que ce soit les luxembourgeois de DefDump, ou Sons Of Saturn de Lyon, on a croisé plein de gars en tournée qui sont inconnus par chez nous... c'est pas ça qui compte.
Disons qu'on a pas peur de faire des bornes, on est un minimum organisé (ça c'est nécessaire, par exemple, pour acheter des visas pour aller en Russie, pour avoir un van, payer une assurance, acheter des billets d'avion en lowcost 3 mois en avance pour aller jouer en Suède etc... ça demande de l'investissement, humain, de l"organisation, du temps, de la passion mais les retours sont au centuple !!!


Franchement quand j'écoute votre musique le fait de me dire "punaise ces mecs sont allés jouer ça en bulgarie" joue beaucoup sur l'impact que votre son a sur mes oreilles...
C’est clair quand tu débarques sur la place rouge à Moscou ! Quand on nous fait la visite by night de Kiev, de la place de l'indépendance en Mini, on kiffe, quand on voit des kids chanter en choeur a Vilnius, nos chansons, on kiffe…

Comment se porte le nouveau van à ce sujet ? :o)
Le nouveau van se porte bien, mais coûte cher (en essence, en assurance, en réparation (il nous a lâché sur le retour de tournée, fin juillet), ça nous a mis dedans. On ne perd pas d'argent sur nos tournées, mais là, ça nous a mis dedans, mais il est reparti comme avant, maintenant !

J'ai oublié de préciser, que pour booker une tournée, il faut s'y prendre 3 mois en avance, passer une paire de nuits sur le net, et ne pas se décourager des gens qui te disent non, ou te répondent pas. Mais ce qu'il faut se dire, c'est que c'est la première la plus difficile, ensuite, le réseau se bâtit, et ça va de mieux en mieux.

Ouais j'ai l'impression qu'avant tout P.O.Box c'est des passionés pas comme les autres dans la scène française : vous avez une capacité à vous créer un réseau de relations et à en faire des amitiés qui est assez impressionnant. Par exemple parle moi de la rencontre avec les Big D And The Kids Table, référence mondiales du ska punk, avec qui vous avez fait une tournée, tourner un clip, et puis il y a Dave McWane qui fait un feat. sur le disque-là.
Non t’inquiète pas P.O.Box c’est des passionnés, mais vraiment comme tous les autres ! Tous les groupes qui se respectent... si on fait cette zic, c'est par passion, c'est pas pour la gloriole... sinon, on s'est trompé.

C’est net !
Mais pour répondre à ta question on a pas de plans de carrière ou quoi, les rencontres se font naturellement, par exemple, on a booké il y a quelques temps une date de dernière minute pour Streetlight Manifesto, les gars ont dormi chez notre guitariste, on leur a fait goûter les alcools locaux (la fameuse mirabelle) et puis on a joué avec eux à Paris, on a discuté avec eux, parce qu'on était "fan", et puis, voilà, tout naturellement. Idem pour les Slackers avec qui on a joué 3 ou 4 fois, on adore leur zic, on a des trucs a partager (la zic, les goûts, les coup de gueule etc).

Et pour Les Caméléons et Big D, c'est des histoires encore plus folles... On s'est collé une mine avec Les Caméléons en Allemagne, et puis on accroché, on a joué pareil 3 ou 4 fois avec eux, on les trouve cool, on respecte leur boulot et leur manière de faire...
Pour Big D, encore une fois, c'est tout simple on a fait leur première partie en Belgique, une première fois, ensuite, notre label luxembourgeois (wingedskull.com) a booké une date de leur tournée, nous a mis dessus, puis on a rigolé ensemble, ils nous pont proposé de faire une vidéo de leur tube éthylique « Lil’ Bitch » comme ils font avec beaucoup beaucoup d'autres groupes (voir sur Youtube.com), et on est parti en Angleterre avec eux sur quelques dates... On leur a mis la misère au foot, ils nous ont mis la misère sur scène. Voilà. Tout naturellement, on leur a demandé s’ils avaient envie de poser une petite pierre sur notre album, et ils ont improvisé un truc de fou... comme Les Caméléons du reste, je les remercie ici, encore pour leur générosité et leur disponibilité !

Ahah ça semble si facile pourquoi tous les groupes n’y parviennent pas ?... Bon parlons justement un peu du disque, après tout t'es quand même là aussi pour ça. Si tu devais le vendre genre promo chez Ardisson ou faire un encart à la Rock Sound : quelques lignes entre deux pages de pub Eastpack, tu dirais quoi ?
« Ne soyez pas les derniers a découvrir ce putain de groupe de baballe !... C'est tellement un cliché franco-français… de s'apercevoir que le vivier des groupes français, c'est aussi bon que ce qu'il se passe outre atlantique… » Voilà, ce que je dirais, mais c'est vraiment pour faire sa pute. Ce que je pense, c'est qu'on est confiant sur la qualité de ce qu'on a fait. Après, si t'aimes pas les cuivres, si t'aimes pas le punk rock, évidemment, t'aimeras pas trop ce qu'on fait. (Pour l'encart Rocksound, je dirais P.O.Box : when Big D meets Capdown)

Mais de toute manière j'ai le sentiment que ce qu'on écrit ne sonne pas comme du ska punk, mais plutot comme du punk typé ska (influence Big D oblige), et qu’on est pas trop "festif" dans nos lignes de cuivres (enfin, parfois, mais pas souvent) et qu'on essaye de faire évoluer, à notre niveau, le genre, pour l'ouvrir a plein d'influence. Maintenant, je propose aux gens de l'écouter…pour ce faire une vraie idée. Ecouter et Lire, car on ne parle pas de bonnes femmes, ni de plages, ni de soleil, on essaye d'intégrer un esprit critique et réflexif dans nos chansons.

Justement sans en dire trop pour laisser les gens découvrir, tu peux causer un peu de vos références philosophiques et intellectuelles (elles sont très présentes et très bien expliquées dans le livret d'ailleurs) ?
Sans rentrer dans les détails, on aime ce côté DIY du punk, nous partageons pas mal les mêmes idées que Guerilla Poubelle par exemple. Mais plus directement et concrétement, noytre titre d'album apr exemple, ."..And the lipstick traces" évoque justement par des trois petis points qu'il y a quelque chose avant cet album, toute une longue histoire, et que l'album et le résultat de tout ça. Lipstick traces, c'est un bouquin de Greil mArcus, qui nous a pas mal influencés. Tout comme notre split cd « We are all in the gutter but some of us are looking at the stars » faisait référence à une citation d’Oscar Wilde, et l’EP « Rock My Reality » était un clin d’oeil à l’oeuvre de Dan Graham (sur les idéologies artificielles et contradictoires de la société dans son ensemble).

Ce coup-ci « Lipstick Traces » c’est un texte important pour comprendre la culture populaire d'aujourd'hui, le rejet des valeurs sociales et culturelles établies qui est au centre du mouvement punk, le refus du capitalisme qui réduit les gens, les oeuvres d'art et les idées à leur valeur marchande, de simples produits de consommation, le situationnisme aussi… Bref Resist To Exist !
Bref, tu vois, ça peut paraître chiant, mais nous on refuse de faire des chansons qui parle seulement de rien.

Et c’est tant mieux ! Côté actu fin 2006 vous avez accepté de participer au projet de compilation Split The Pit de PunkFiction.com et Vacarm.net. Pourquoi ? (ça ça fait question de journaliste !)
Ben d’abord parce que c'est l'occasion d'apparaitre sur une compil en France (on avait déjà fait la compil de l'Askadémie, y'a des années), on est sur plein de compil a l'étranger (p’têt une quinzaine ?) et là, c'était l'occasion d'affirmer son soutien à la scène rock et l'idée de mêler métal, punk, ska et hardcore au profit intégral des groupes, ça allait complètement dans notre manière d'envisager la musique indé. On espère que ça fera découvrir des nouveaux groupes, ramènera du monde aux concerts de tous, et que les choses avancent, quand on pousse tous dans le même sens !
Pis j'adore la pochette aussi !

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